La Faïence Française


Niderviller

( Moselle )



Niderviller, petit village situé entre les contreforts occidentaux des Vosges, près de Sarrebourg en Lorraine, possédait dès le début du XVIIIème siècle un ou plusieurs ateliers de potiers. En 1735, Anne-Marie André, veuve de Louis des Fontaines, conseiller en la prévôté de Lixheim, alors dame de Niderviller, bâtit une petite faïencerie qu'elle fit diriger par un nommé Mathias Lesprit.

En 1748, le baron Jean-Louis de Beyerlé (né en 1709), Directeur de la Monnaie Royale de Strasbourg, se rendit acquéreur de la seigneurie. La prospérité de la manufacture strasbourgeoise des Hannong, surtout depuis qu'elle avait adopté la décoration au petit feu, lui donna l'idée de développer sur sa terre de Niderviller un établissement similaire.
Le plus important collaborateur des débuts fut François-Antoine Anstett, né à Strasbourg en 1732, et formé dans la manufacture de Paul Hannong au moment le plus passionnant des recherches techniques, de l'introduction du petit feu et de la porcelaine dure. Il était à la fois chimiste et peintre.

La faïencerie de Niderviller est célèbre autant par ses statuettes et ses groupes que par ses pièces de service et ses vases. Parmi les sculpteurs et modeleurs, on cite toujours, en premier lieu, Charles-Louis Cyfflé, qui, en effet, donna de nombreux modèles à Niderviller. Ce n'est pas lui, mais son meilleur élève, Charles Sauvage dit Le Mire (à la manufacture dès 1759) qui est le véritable animateur des ateliers. En 1781, il y crée même une école de modelage. Ses principaux collaborateurs furent Arnold, Roemer, Baronville, Bommer.

Les statuettes et groupes de Niderviller se reconnaissent à l'extrême finesse de leur modelé, au blanc ivoiré de leur émail très mince, enfin à la délicatesse de leur coloris qui sait imiter les plus fines étoffes, et qui, souvent, est rehaussé d'or. Pour définir l'époque à laquelle les modèles sont exécutés, il faut connaître les particularités de chaque période, car certains d'entre eux ont été exécutés à travers tout un siècle. Voici à peu près la chronologie des genres :


1748 - 1755

Figurines et groupes en faïences à tesson rouge, à émail blanc bleuté, dans le style des figurines de Strasbourg. Coloris déjà très fin où prédomine le violet tendre. Sur le socle, en forme de galette plate, taches d'herbe verte, rehaussé de touffes d'herbe ressemblant à des petits panaches de plumes.



1755 - 1770

Modèles caractéristiques de Niderviller, principalement des bergers, des chasseurs, des musiciens, des enfants, des Cris de Paris, des métiers divers, soit isolés, soit en groupes formant les quatre saisons, etc. Les moulages de l'époque de Beyerlé ne sont jamais signés. Ils se distinguent par leur très grande finesse, l'emploi fréquent d'un pourpre foncé, notamment au socle lorsque celui-ci est accosté, à la manière des porcelaines allemandes, de petits rinceaux rocaille. Pourtant, la majorité des socles reste en forme de galette au contour irrégulier, avec taches vertes ou brunes.



1770 - 1790

Les moulages de l'époque du Comte de Custine sont semblables aux précédents. Le pourpre foncé a disparu, le violet clair et la sanguine sont plus fréquents. Aux figurines et groupes de première qualité, le socle est fait comme pendant la période précédente ; à ceux de qualité inférieure, exécutés principalement vers 1790, il est posé sur un petit socle circulaire fait au tour. A partir de 1780, les modèles de Cyfflé deviennent de plus en plus fréquents, et les groupes mythologiques, très à la mode, abondent. Leur exécution en faïence finement peinte et richement décorée d'or est plus rare que celle en porcelaine et en biscuit.



1790 - 1827

Au temps où François Lanfrey fut propriétaire de la manufacture, les statuettes s'exécutaient en trois matières : en porcelaine (souvent sur socle carré avec large galon d'or à la mode de l'Empire), en biscuit, enfin en faïence fine jaunâtre, émaillée mais sans polychromie.



De 1827 à la fin du XIXème siècle

On a fait beaucoup de moulages en terre de pipe non émaillée, qui portent en creux une marque de l'époque de Custine, les initiales cc coronnées et une marque de la période Dryander, Niderviller, suivie d'un numéro de fabrication.



Les pièces de forme en trompe-l'oeil sont à Niderviller moins fréquentes qu'à Strasbourg. On y rencontre pourtant des assiettes remplies de radis, de cerises, d'autres fruits, des bottes d'asperges, des têtes de choux ou de salades, des poissons ou des écrevisses formant récipients. Ces pièces portent souvent, en bleu ou en noir, la marque de Custine.

Un peu plus tard que Strasbourg, mais avec autant d'intensité, Niderviller influença non seulement toute la région productrice de ce qu'il est convenu d'appeler les faïences de l'Est, mais aussi certaines régions de l'Allemagne rhénane, presque toutes les manufactures suisses et enfin quelques-unes de la Baltique.



Source bibliographique

"Répertoire de la Faïence Française"

Publié à l'occasion de l'exposition rétrospective
de la Faïence Française au Musée des Arts Décoratifs

Sous la direction du Docteur Chompret
Paris, Serge Lapina Imp. - 1935